2020, une année doublement olympique… et alors?

Des opportunités à saisir:
Partie 2/3 
Une jeunesse en souffrance

Après avoir constaté dans la première partie de cette article la situation précaire dans laquelle se trouve nombre de jeunes champions sportifs, il est bon de se pencher sur l’état de santé de nos adolescents. Or, celui-ci laisse à désirer et c’est justement à l’orée d’un événement sportif planétaire et dédié à la jeunesse que nous devrions nous poser les bonnes questions, afin de diminuer la prévalence de l’inactivité et le nombre grandissant de patates de canapé (de l’Anglais « couch potatoes ») ou de jeunes en déprime. Mais de quoi parle-t-on ? Considérez donc ces quelques chiffres :

  1. Au niveau mondial plus de 80% des jeunes et adolescents n’atteignent pas le niveau d’activité physique recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (source OMS)
  2. En Suisse, lors d’une enquête sur les 11-15 ans en 2010, seuls 12 à 19% des garçons et 6 à 11% des filles étaient actifs physiquement au moins une heure par jour, sept jours sur sept, satisfaisant ainsi à ces mêmes recommandations en matière d’activité physique (source : Activité physique et santé, OFSPO et hepa.ch, 2013). Or, toujours selon ce rapport, la sédentarité en Suisse entraîne chaque année 2900 décès prématurés, 2,1 millions de cas de maladie et des frais de traitement direct d’un montant de 2,4 milliards de francs.
  3. Selon le rapport Sport Suisse 2014 (rapport sur les enfants et les adolescents – publié par l’OFSPO), l’activité des jeunes de 11 à 14 ans a régressé au cours des 6 années précédant l’enquête. Une baisse d’activité physique était aussi observée chez les 15-19 ans : entre 2008 et 2014, le nombre moyen d’heures de sport par semaine était passé de 6,1 à 5,6 heures. La problématique est encore plus exacerbée chez les filles qui arrêtent plus tôt et en plus grand nombre la pratique sportive. Et ce d’autant plus encore pour les populations migrantes ou parmi les jeunes issus de milieux socio-économiques modestes.
  4. Publié en juin 2018, le Plan d’Action Global pour l’Activité Physique de l’OMS appelle les gouvernements, villes et autorités à diminuer de 15% l’incidence globale de l’inactivité dans la population d’ici à 2030 (par rapport aux chiffres de 2016). Son rapport donne quelques pistes intéressantes, mais où en sont réellement nos autorités quant aux plans d’action ?


    Les bénéfices de l’activité physique en santé physique et psychologique sont aujourd’hui bien connus

  5. Dans le monde, 340 millions d’enfants et d’adolescents sont en surpoids ou obèses – c’est 10 fois plus de jeunes obèses qu’il y a 40 ans ! (source) En Suisse, les derniers chiffres disponibles indiquaient une proportion d’enfants et d’adolescents en surpoids ou obèses de 16,7%.
  6. Plus inquiétante encore, la santé mentale de nos adolescents : dans une enquête publiée en novembre 2015 et mandatée par l’Etat de Vaud, le taux de jeunes vaudois (âgés en moyenne de 15 ans) souffrant de symptômes psychoaffectifs de façon récurrente était très alarmant (Raison de Santé 250 : Enquêtes populationnelles sur la victimisation et la délinquance chez les jeunes dans le canton de Vaud – IUMSP-CEESAN). Ainsi, près de 66% des jeunes ont rapporté de tels symptômes. Par exemple, plus de la moitié des jeunes se sont dit fatigués et environ un tiers d’entre eux ont eu des difficultés à s’endormir. Finalement, 57% des répondant·e·s faisaient état de symptômes dépressifs. Un tiers des jeunes interrogés se sentaient tellement déprimés qu’ils resteraient volontiers au lit toute la journée. Le chiffre alarmant de 16.6% de jeunes interrogés disaient avoir beaucoup pensé à la mort ces derniers temps et 15.6% trouvaient leur vie assez triste. Et comme c’était le cas pour les symptômes physiques, les symptômes psychoaffectifs étaient significativement plus répandus chez les filles. Des résultats qui font tristement écho aux trop nombreux cas de suicides chez les adolescentes et adolescents et à la situation dramatique à laquelle le gymnase d’Yverdon a dû faire face en 2018, même si nous ne connaissons pas les causes individuelles de chacune de ces tragédies.


    Remettre les jeunes en mouvement – pour leur bien-être physique et psychique

  7. La même étude publiée en 2015 indique encore que parmi les adolescent de 15 ans interrogés, une majorité de jeunes vaudois a déjà bu de l’alcool au cours de la vie (67%). Le taux d’expérimentation du tabac est quant à lui de 43% et celui de cannabis de 19%. En santé public, l’intérêt se focalise toutefois sur la consommation problématique et abusive des substances psychoactives : 12% consomment le tabac de manière hebdomadaire, 7% de l’alcool et 4% du cannabis.
  8. La recherche en neuroscience démontre que l’activité physique améliore les processus d’apprentissage et que par conséquent, plus de sport à l’école équivaut bien souvent à de meilleurs résultats scolaires.

Est-il nécessaire de s’attarder sur une conclusion à ce stade du constat ?

Trop peu de prévention

Il est également intéressant de noter, toujours dans la même étude vaudoise, qu’il avait été demandé aux enseignant·e·s d’évaluer l’offre en matière de prévention pour les jeunes dans leur région, sur une liste de huit thèmes. Globalement, les enseignant·e·s considéraient que l’offre de prévention était insuffisante pour l’ensemble des problèmes exposés et particulièrement en matière de dépression et de suicide.

On sait aussi selon cette étude que parmi les jeunes qui se qualifient eux-mêmes de non-sportifs, un grand nombre aimeraient changer les choses : trois quarts des 10-14 ans et une bonne moitié des 15-19 ans déclarent vouloir reprendre le sport…

Or, on apprend encore dans une de ces études (OFSPO 2014), que parmi les motivations à l’exercice physique, les adolescents de 15 à 19 ans jugeaient comme particulièrement important : le plaisir, le bien-être ainsi que la forme physique. Par conséquent, on semble tout avoir pour bien faire : des infrastructures, des clubs, des milliers de bénévoles et de coaches et un environnement encore relativement bien préservé… alors qu’attend-on ? L’excuse d’un gros événement sportif comme catalyseur de changement ? Justement, il y en a un important et dédié à la jeunesse qui arrive… La suite demain dans le troisième volet de cette série.

Philippe Furrer
Activiste du mouvement et du sport

@inspoweredby

Cet article a été publié sur mon blog du journal Le Temps en mars 2019